Le Cri d'Icare

 

       Tombé en plein jour plus bas que terre, c'est dans les caves bordelaises qu'a poussé le Cri d'Icare. Un powertrio électrique et sans façons, dont le rock sous tension est résolument taillé pour la scène. Les textes – en français – vont se frotter à l'étrange, l'échafaudage grimpe et conduit bientôt au glissant sommet de la furie, en équilibre sur un fil, invisible dans le noir. On y croiserait des noms comme Feu!Chatterton, Eiffel, Noir Désir, Thiéfaine... Leur rock reste tendu, survolté, en sueur, souterrain et facilement explosif. Une première démo maison, un clip, une vingtaine de concerts, trois tremplins remportés, et surtout un premier album, Inversés, brut et intrigant, viennent renforcer le bagage du groupe. Et en attendant la chute, il faudra tout dire, tout jouer, tout transpirer.

 



Premier album (13/1/17)

Inversés

10€


 

Le premier album, Inversés, sorti un vendredi 13, aspire à remonter vers la lumière. Le sens du symbole est en clin d’œil permanent ici, vous l'aurez compris : de la bougie qu'on retourne pour en faire couler la cire, à la mention Un verset qui se reflète dans titre de l'album, le jeu graphique s'entremêle avec le jeu sémantique. Idem pour les textes des chansons : Ils sont debout et De bon matin, ce matin flirtent avec l'épique ou le mythologique, mais le regard du narrateur ou de l'auditeur a chaque fois la tentation de se détourner loin de la scène. Sourires inversés est un jeu de mot visuel rien qu'à son titre. L'Iris est-il un prénom ou le contour d'une pupille ? Difficile de vérifier de visu... L'album parsème ses 40 minutes de doutes, subtiles. Il vient chercher là où on ne l'attend pas : du rock ? En français ! Un trio électrique guitare-basse-batterie ? Un tiers des morceaux sans aucune guitare ! Une chanson d'amour ? Un rythme punk, et la fille s'appelle Roger...

 

C'est à La Lauzanette qu'ils ont choisi d'enregistrer et de mixer les neuf titres du premier né. Un studio reclus dans la campagne lot-et-garonnaise, entre les manettes de Michel Eskenazi et l'odeur de Noir Désir, No one is innocent, Manu Chao, qui y sont passés avant eux.

 

C'est écrit sur la couverture du livret, c'est gravé sur le second titre de l'album, comme une mise en garde à l'entrée de ce labyrinthe inédit : « Si tu as peur de l'étrange, garde les yeux fermés... » Et les yeux clos, en attendant que ne résonnent les dernières notes de l'album, on se demandera à quoi pouvait bien ressembler, au moment de sa chute mortelle dans la mer Égée, le cri d'Icare.

 


crédit photo : Patricia Méaille